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Touba

La ville sainte du mouridisme : une mosquée que l'on voit à vingt kilomètres, un immense marché, et une journée rythmée par les cinq prières.

Bon pour
  • Pèlerinage

Touba n'est pas une ville touristique et ne demande pas à le devenir. C'est la capitale du mouridisme, fondée en 1887 par Cheikh Ahmadou Bamba autour de l'endroit où il dit avoir reçu sa vocation, et c'est aujourd'hui la deuxième agglomération du Sénégal — une ville d'un million d'habitants qui a poussé autour d'une mosquée.

Cette mosquée se voit à vingt kilomètres. Décidée en 1926, première pierre en 1932, inaugurée en 1963, elle porte sept minarets dont Lamp Fall, le plus haut du pays, et abrite le mausolée du fondateur, où l'on vient prier en silence par familles entières. Autour s'organise tout le reste : la bibliothèque Cheikhoul Khadim et ses manuscrits, les daaras où les talibés apprennent les khassaïdes, les maisons des grandes familles maraboutiques, et le marché Ocass, l'un des plus gros du pays, où les commerçants baol-baol vendent l'électronique, le tissu et la pièce détachée à un rythme qui ne s'arrête jamais.

Touba vit sous l'autorité du Khalife général : ici, pas d'alcool, pas de tabac, pas de musique de scène, et une journée organisée par les cinq prières. Les visiteurs sont accueillis — l'hospitalité est un devoir religieux et on vous offrira à manger avant de vous demander qui vous êtes — mais on s'y habille couvert, femmes et hommes, et on ne photographie pas l'intérieur de la mosquée sans autorisation.

Le sommet de l'année est le Grand Magal, le 18 du mois de Safar, qui commémore le départ en exil du fondateur en 1895 : plusieurs millions de personnes convergent en trois jours, tout le pays se déplace, chaque maison de Touba nourrit des inconnus, et il n'y a plus une chambre à cent kilomètres. Le reste de l'année, la ville est vaste, poussiéreuse, occupée à son commerce, et étonnamment calme dès la nuit tombée.

Une précision utile avant de prévoir un séjour : l'hébergement marchand est rare à Touba et concentré autour du marché. La règle, ici, c'est de loger chez l'habitant — et pendant le Magal, la ville entière devient un hébergement gratuit, chaque maison ouvrant ses chambres et ses nattes à des inconnus, parce que nourrir et loger le pèlerin fait partie du culte. Le corollaire est qu'on ne réserve pas Touba comme on réserve Saly : on y vient invité, ou l'on prévoit large, et l'on dort à Mbacké, à huit kilomètres, où les auberges existent.

Comment s'y rendre

Depuis Dakar centre : 190 km, 2 h 45 à 3 h 30 par l'autoroute Ila Touba, qui part de l'échangeur de l'AIBD et file sur 124 km jusqu'aux portes de la ville. Depuis l'AIBD : 150 km, 2 h à 2 h 30 sans traverser Dakar. Les « sept places » Dakar-Touba partent des Baux Maraîchers (environ 5 000 F, 4 h avec les arrêts) ; des bus directs desservent aussi Mbacké, à 8 km. Pendant le Grand Magal, comptez le double ou le triple partout, dormez à Mbacké, à Diourbel ou à Thiès si vous n'avez pas de famille sur place, et partez de nuit : c'est ce que fait tout le monde.

Moments à venir

  • Décembre : le mois où tout le monde rentre

    Du 1 décembre au 31 décembre 2026

    En décembre, le Sénégal change de composition. Les vols de Paris, Milan, Madrid, New York et Casablanca arrivent pleins, les familles vont chercher les leurs à l'AIBD à trois heures du matin, et les maisons se remplissent de valises de cadeaux. C'est le mois des mariages — il s'en célèbre plus en décembre qu'en six mois ordinaires — des baptêmes reportés jusqu'au retour de l'oncle de Milan, des inaugurations de maisons construites à distance pendant cinq ans, et des retrouvailles qu'on prépare depuis l'été.

    Concrètement, cela veut dire trois choses. Les prix des billets d'avion doublent à partir de la mi-décembre. Les chambres se réservent tôt, surtout à Dakar, à Saly et dans les villes d'origine des familles. Et les routes sont chargées les week-ends, en particulier les axes Dakar-Touba, Dakar-Kaolack et Dakar-Saint-Louis.

    C'est aussi le meilleur moment de l'année pour être ici. Le temps est sec, il fait vingt-cinq degrés, la mer est encore bonne, et les soirées de tam-tam dans les cours ne s'arrêtent jamais avant deux heures du matin. Si vous logez quelqu'un qui rentre — une mère, un frère, des cousins de passage — c'est le mois où l'on n'oublie pas le nombre de lits.

  • Tabaski : le mouton, la famille, la route

    Du 15 mai au 18 mai 2027

    La Tabaski — l'Aïd el-Kébir — tombe le 10 du mois de Dhoul-Hijja, soit autour du dimanche 16 mai 2027. Au Sénégal, la date exacte est annoncée quelques jours avant par les autorités religieuses, et il arrive que le pays célèbre sur deux jours : cela s'est encore produit ces dernières années, et personne n'en fait un drame.

    C'est la fête la plus importante de l'année. Chaque chef de famille qui le peut achète un mouton — les prix montent depuis des semaines, les points de vente s'installent sur les terrains vagues de Dakar, et la conversation nationale porte sur le cours du bélier. La veille, les tailleurs livrent en catastrophe les tenues cousues au marché HLM. Le jour même : prière du matin en plein air, sacrifice, découpe, grillades toute la journée, visites aux voisins et aux aînés, et la formule que l'on répète de maison en maison pour demander pardon.

    Pour un voyageur : les transports sont pris d'assaut trois jours avant — tout le monde rentre au village — les banques et les administrations ferment, beaucoup de restaurants aussi, et les taxis sont rares le matin de la fête. En revanche, si vous êtes hébergé chez quelqu'un, vous mangerez comme jamais.

  • Le Grand Magal de Touba

    Du 21 juillet au 25 juillet 2027

    Le Grand Magal commémore le départ en exil de Cheikh Ahmadou Bamba, en 1895, et se tient chaque année le 18 du mois de Safar. Pour 1449 de l'Hégire, la date annoncée par les calculs est le vendredi 23 juillet 2027, la confirmation revenant, comme toujours, à la commission chargée d'observer le croissant.

    C'est le plus grand rassemblement du pays : plusieurs millions de personnes à Touba en trois jours. Les familles mourides cuisinent pour des inconnus pendant quarante-huit heures, les daaras récitent les khassaïdes sans interruption, les autorités mettent en place des trains spéciaux, des convois et des postes de santé, et la ville sainte devient pour un week-end l'une des plus grandes concentrations humaines d'Afrique de l'Ouest.

    Pour un voyageur, deux conséquences très concrètes. D'abord, il n'y a plus une chambre à Touba, à Mbacké ni à Diourbel, et les prix triplent à cent kilomètres à la ronde : dormez à Thiès, ou faites l'aller-retour de nuit comme beaucoup de Dakarois. Ensuite, l'autoroute Ila Touba et les gares routières sont saturées du mercredi au samedi. Et si vous êtes à Dakar ce week-end-là, vous trouverez la ville étrangement vide.

Les quartiers de Touba

Séjours à Touba

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