Saint-Louis
Une île de maisons à balcons entre fleuve et océan, un pont de 1897, et le quartier de pêcheurs le plus dense de la côte juste en face.
- Famille
- Nature
- Fête
Saint-Louis est posée sur une île longue de deux kilomètres, au milieu du fleuve Sénégal, à vingt kilomètres de la Mauritanie. Fondée en 1659, capitale du Sénégal puis de toute l'Afrique-Occidentale française jusqu'en 1902, elle a gardé de ce passé un damier de rues étroites, des maisons à balcon de bois et de fer forgé, des cours intérieures fraîches, et un classement à l'Unesco depuis 2000. On la traverse à pied en vingt minutes ; on met trois jours à la regarder.
Le pont Faidherbe, cinq cents mètres de poutrelles métalliques posées en 1897, relie l'île au continent et sert de balcon à toute la ville au coucher du soleil. De l'autre côté, à l'ouest, il y a Guet Ndar : le quartier des pêcheurs lébous et wolofs, l'un des plus denses d'Afrique de l'Ouest, coincé sur une bande de sable entre le fleuve et l'océan, avec ses pirogues peintes alignées sur des centaines de mètres et son cimetière posé à même le sable, face à la mer.
La ville a une réputation musicale ancienne et un festival de jazz depuis 1993, qui remplit les places de l'île pendant quatre jours au printemps. Elle a aussi une cuisine dont elle se réclame — le thiéboudieune est né ici, dit-on, des mains de la cuisinière Penda Mbaye — et une manière de parler plus lente, plus française, que les Dakarois imitent en riant.
Autour, c'est le fleuve et les oiseaux. Le parc du Djoudj, à soixante kilomètres, accueille des centaines de milliers de migrateurs entre novembre et avril : pélicans blancs, flamants, canards venus d'Europe. Au sud, la Langue de Barbarie, ce cordon sableux ouvert par une brèche en 2003 qui n'a cessé de s'élargir depuis et qui a déplacé des villages entiers — l'érosion n'est pas une abstraction ici, elle se voit depuis la digue.
La ville a aussi rajeuni. L'université Gaston-Berger, ouverte en 1990 à une dizaine de kilomètres au sud, y a installé plusieurs milliers d'étudiants, et cela se voit le soir sur l'île : terrasses pleines, concerts improvisés, librairies. Le contraste avec les mois d'hivernage est net — en août, il pleut, les touristes sont partis, la moitié des adresses ferment et la ville appartient à ses habitants. La bonne saison va de novembre à mai, avec un pic pendant le festival et un autre en décembre, quand les familles saint-louisiennes de l'étranger rentrent toutes en même temps.
Comment s'y rendre
Depuis Dakar : 265 km, 4 h 30 de route par l'autoroute jusqu'à Thiès puis la nationale 2 via Louga — 5 h si vous partez un vendredi après-midi, et prévoyez de rouler de jour, la N2 n'est pas éclairée et les charrettes non plus. Depuis l'AIBD, comptez 4 h par le même axe sans traverser Dakar. Les bus et « sept places » partent des Baux Maraîchers (5 000 à 7 000 F). Air Sénégal dessert l'aéroport de Saint-Louis depuis Dakar en 45 min, quelques vols par semaine seulement — vérifiez les jours avant de compter dessus. Sur l'île, tout se fait à pied ou en calèche.
Moments à venir
Décembre : le mois où tout le monde rentre
Du 1 décembre au 31 décembre 2026
En décembre, le Sénégal change de composition. Les vols de Paris, Milan, Madrid, New York et Casablanca arrivent pleins, les familles vont chercher les leurs à l'AIBD à trois heures du matin, et les maisons se remplissent de valises de cadeaux. C'est le mois des mariages — il s'en célèbre plus en décembre qu'en six mois ordinaires — des baptêmes reportés jusqu'au retour de l'oncle de Milan, des inaugurations de maisons construites à distance pendant cinq ans, et des retrouvailles qu'on prépare depuis l'été.
Concrètement, cela veut dire trois choses. Les prix des billets d'avion doublent à partir de la mi-décembre. Les chambres se réservent tôt, surtout à Dakar, à Saly et dans les villes d'origine des familles. Et les routes sont chargées les week-ends, en particulier les axes Dakar-Touba, Dakar-Kaolack et Dakar-Saint-Louis.
C'est aussi le meilleur moment de l'année pour être ici. Le temps est sec, il fait vingt-cinq degrés, la mer est encore bonne, et les soirées de tam-tam dans les cours ne s'arrêtent jamais avant deux heures du matin. Si vous logez quelqu'un qui rentre — une mère, un frère, des cousins de passage — c'est le mois où l'on n'oublie pas le nombre de lits.
Tabaski : le mouton, la famille, la route
Du 15 mai au 18 mai 2027
La Tabaski — l'Aïd el-Kébir — tombe le 10 du mois de Dhoul-Hijja, soit autour du dimanche 16 mai 2027. Au Sénégal, la date exacte est annoncée quelques jours avant par les autorités religieuses, et il arrive que le pays célèbre sur deux jours : cela s'est encore produit ces dernières années, et personne n'en fait un drame.
C'est la fête la plus importante de l'année. Chaque chef de famille qui le peut achète un mouton — les prix montent depuis des semaines, les points de vente s'installent sur les terrains vagues de Dakar, et la conversation nationale porte sur le cours du bélier. La veille, les tailleurs livrent en catastrophe les tenues cousues au marché HLM. Le jour même : prière du matin en plein air, sacrifice, découpe, grillades toute la journée, visites aux voisins et aux aînés, et la formule que l'on répète de maison en maison pour demander pardon.
Pour un voyageur : les transports sont pris d'assaut trois jours avant — tout le monde rentre au village — les banques et les administrations ferment, beaucoup de restaurants aussi, et les taxis sont rares le matin de la fête. En revanche, si vous êtes hébergé chez quelqu'un, vous mangerez comme jamais.


